Le fruit du savoir-faire Lorrain :
Histoire d’un développement durable


En cette année 2015, revenons sur la renaissance de la Mirabelle de Lorraine et de tout un écosystème, celui des vergers de mirabelliers, redynamisé grâce à la Famille « Mirabelles de Lorraine ».

Au début des années 80, les mirabelles sont un produit de terroir en péril, menacé d’extinction… jusqu’en 1990, année pendant laquelle 250 jeunes producteurs décident de faire revivre le fruit plaisir de leur pays.
20 ans plus tard, le pari est en passe d’être gagné : le terroir Lorrain s’est enrichi de 400 000 mirabelliers, de 2 000 hectares de vergers et de plusieurs signes de qualité (Indication Géographique Protégée et Label de l’Environnement).

Des producteurs pétris d’un solide esprit collectif

Ce sont 250 producteurs qui ont été le ferment de la renaissance des Mirabelles de Lorraine. C’est grâce à leur démarche collective fondée sur une réelle exigence que la qualité du fruit a progressé. Rendre à la nature ce qu’elle nous donne, choyer les mirabelliers, se préoccuper de l’environnement, respecter les saisons, cueillir parfois à la main, sélectionner les fruits à maturité, toutes ces actions coordonnées sont les conditions du développement de la famille « Mirabelles de Lorraine ».

Le respect de la saison ou la promesse d’un fruit-plaisir

Des mirabelles sur les étals de juin à octobre ? Les producteurs lorrains s’y refusent fermement. Pourtant, ils pourraient à leur tour être tentés de succomber aux sirènes de la « désaisonnalisation ». En effet, les techniques modernes et des efforts de recherche plus poussés permettraient d’allonger le calendrier de commercialisation. Cependant, ce serait la garantie d’une baisse de la qualité gustative du fruit qui ouvrirait les chemins dangereux de la banalisation. Afin de sauvegarder l’intégrité de leur fruit-plaisir, les producteurs de Mirabelles de Lorraine respectent la volonté de la Nature et acceptent qu’il y ait de bonnes et de mauvaises années.

Mirabelles de Lorraine : Développement durable

Des efforts reconnus : le Label de l’Environnement

Décerné par le Ministère de l’Environnement, ce label récompense les efforts de reconquête des paysages ruraux. Les producteurs de Mirabelles de Lorraine ont été les premiers à recevoir cette distinction pour avoir planté de nouveaux vergers et sauvé un écosystème menacé de disparition.
Ainsi, depuis peu, les oiseaux migrateurs sont de retour en Lorraine et peuplent à nouveau les vergers.

L’AREFE, un partenaire incontournable des producteurs

La réimplantation de mirabelliers a débuté dès 1983, avec la mise en place de l’AREFE, Association Régionale d’Expérimentation Fruitière de l’Est. Ce laboratoire de recherche et de développement a pour mission de guider les arboriculteurs dans la régulation de la production – conduite, taille, fertilisation – et la protection des vergers contre les maladies, insectes et parasites. Chaque année, 1% du prix des mirabelles est versé à l’AREFE, pour ses tests sur les fleurs, ses analyses des bourgeons, les soins du mirabellier, la formation des hommes sur le terrain….

Régulation de la production : des règles simples pour le respect des mirabelliers et de leur environnement

• En Lorraine, pas de place pour les mirabelliers hybrides plus résistants ou plus productifs : les producteurs s’engagent à ne planter que des arbres issus des lignées traditionnelles lorraines.
• Pas plus de 200 mirabelliers à l’hectare : pour s’épanouir l’arbre réclame de l’espace, et pour profiter du soleil les branches ont besoin d’aise. En Lorraine, les mirabelliers ne sont que 200 à se partager une parcelle de 1 hectare alors que beaucoup d’arbres fruitiers jouent des pieds à plus de 2 000 arbres par hectare.
• Ne pas trop en demander au mirabellier. Dans la nature, qualité et quantité ne font pas toujours bon ménage : afin de garantir un fruit de qualité, il faut accepter de produire une quantité moins importante. En effet, plus un arbre porte de fruits, moins ces fruits pourront se développer et accumuler le sucre qui fait leur bon goût. Les producteurs de Mirabelles de Lorraine l’ont bien compris : dans leurs vergers, pas de plantations intensives, pas d’irrigation, une démarche de fertilisation et de traitement plus que raisonnée, et bien sûr une taille rigoureuse et personnalisée de chaque arbre, geste technique essentiel qui détermine le rendement de l’arbre.

Le joker des producteurs :
Avec 30 % à 60% d’argile, les sols lorrains retiennent l’eau comme une éponge. Ainsi, les petites racines du mirabellier peuvent se faufiler en surface pour puiser l’air et la quantité d’eau nécessaires à sa croissance, et ce à longueur de saisons.

Protection des vergers :
l’observation, le diagnostic et l’expérience au service d’une agriculture raisonnée

Les vergers de mirabelliers sont des vergers naturels et traditionnels, dans lesquels les producteurs ne font que peu d’interventions. La protection de ces vergers résulte donc d’une démarche raisonnée, avec une réflexion en amont et une approche globale de la parcelle.
En effet, pour combattre les ennemis des mirabelliers (papillons, chenilles, pucerons, acariens, monilia et tavelure), les producteurs lorrains ne traitent pas systématiquement, mais laissent opérer la nature et la faune auxiliaire, comme le torcol fourmilier, de retour en Lorraine chaque été depuis la renaissance des mirabelliers, le ver de terre, véritable laboureur des sols, la chauve-souris, la mésange ou le rouge queue à front blanc. Quand cela ne suffit pas pour venir à bout des attaques de parasites, les producteurs utilisent leur « cahier des vergers ». Grâce aux observations, diagnostics et expériences, qui y sont conservées, ils peuvent déclencher le traitement au bon moment et à la dose idéale.

Pour une politique de développement durable, avec l’AREFE

Déjà pionniers en matière d’agriculture raisonnée et intégrée, les arboriculteurs lorrains ont participé dès 2003 à une vaste enquête environnementale.
A travers 223 questions établies par l’AREFE, 81 producteurs ont été évalués sur 5 thèmes environnementaux : l’air, la biodiversité, l’eau, le paysage et le sol.
Parallèlement, Véga Fruits qui regroupe les 3 coopératives fruitières, a demandé en juillet 2003 un diagnostic de développement durable à la société de conseil Triesse.
L’objectif de ces deux études : faire l’état des lieux des pratiques agricoles et évaluer leurs impacts sur l’environnement.

Les 223 questions de l’étude de l’AREFE ont permis de définir les points à améliorer et propose des actions communes pour faire progresser l’ensemble de la filière dans le même sens.
Air : Les vergers lorrains sont un bon exemple de culture qui participe à la lutte contre l’effet de serre. Comme les mirabelliers sont présents en permanence dans les vergers et que leur sol est recouvert d’herbe, la culture des mirabelles favorise le stockage du carbone. La production de dioxyde de carbone, important gaz à effet de serre, est ainsi réduite.
Biodiversité : Préserver le patrimoine mirabellier lorrain est l’un des engagements des arboriculteurs. Dans les années 80, ils ont participé à la mise en place du « verger conservatoire » d’Hattonville et à la création de l’AREFE qui est chargée de sélectionner les meilleures variétés anciennes de mirabelles pour améliorer la qualité de la production. Depuis 1991, de nouvelles souches de mirabelles ont été plantées. Aujourd’hui l’enquête révèle que 100% des producteurs interrogés participent à un programme de sauvegarde des variétés en concertation avec l’AREFE, le conservatoire lorrain des mirabelles et centre de recherche.
Eau : Les risques de pollution des eaux dans les vergers lorrains sont fortement réduits car les producteurs ne pratiquent pas l’épandage de boues, ni de composts urbains. La terre des vergers contient 45% d’argile, ce qui lui permet de restituer en été l’eau qu’elle a stockée au printemps. Les lorrains n’ont donc pas besoin d’irriguer les mirabelliers, même lorsque le thermomètre s’affole en été !
Paysage : Les producteurs de Mirabelles de Lorraine sont les premiers à obtenir en 1995 le label de « Reconquête des paysage ruraux » décerné par le ministère de l’Environnement. En plantant 2 000 ha de nouveaux vergers, 250 producteurs combatifs ont sauvé un écosystème menacé de disparition. En quinze ans, le terroir lorrain s’est enrichi de 400 000 mirabelliers. Dans sa charte, le Parc National Régional de Lorraine a lui aussi reconnu la valeur paysagère et la fonction productive du verger. Aujourd’hui et jusqu’en 2018, avec le plan DAR DAR, ce sera 200 nouveaux hectares de mirabelliers qui viendront conquérir le sol lorrain.
Sol : Dans les vergers lorrains, le risque d’érosion est très réduit car les sols sont tous recouverts d’herbe dès la première année et ne sont donc pas directement exposés aux fortes pluies et vents violents. Leur aération se fait tout naturellement grâce aux argiles gonflantes qu’ils contiennent et au climat lorrain caractérisé par l’alternance du gel et de la sécheresse.

« Des bonnes pratiques agronomiques jusqu’à la sécurité sanitaire, en passant par la protection de l’eau et le bilan énergétique, l’inventaire est très large. De 2000 à 2006, nous avons déjà mené une étude scientifique sur la typicité de l’enherbement de nos vergers. Pourquoi en Lorraine, nos vergers sont-ils systématiquement enherbés (le contraire de désherbés) ? Comment la démarche de biodiversité nous a-t-elle permis de recenser quelques 25 variétés d’herbes qui regorgent de fleurs, d’insectes et qui font venir ou revenir certains oiseaux ?
Pour la santé des arbres, la qualité des fruits, la durabilité de nos cultures ce sont des caractéristiques importantes. C’est une ‘chaîne naturelle’ que nous avons à cœur d’étudier et d’enrichir pour mieux protéger cet équilibre naturel. »

Catherine Gigleux, Responsable de l’AREFE jusqu’en 2013

Exploitations à Haute Valeur Environnementale

La certification Haute Valeur Environnementale (HVE) a pour objectif la reconnaissance de la qualité environnementale des exploitations agricoles : respect du sol, de l’eau et de la biodiversité dans la gestion quotidienne des exploitations. Les critères considérés sont de deux ordres :

• Accorder au moins 10% de la surface de l’exploitation à la nature : haies, zones humides, enherbement, etc., pour favoriser la biodiversité.
• Limiter l’utilisation d’engrais et de pesticides.

Bien avant ce projet de certification HVE, depuis sa création dans les années quatre-vingt, l’AREFE s’intéresse de près à ces critères.
• Favoriser la biodiversité dans les vergers de mirabelliers.
L’AREFE a mis en place de nombreux indicateurs pour évaluer la biodiversité dans ses vergers :
-réalisation de deux frappages (heurter les branches avec un bâton pour recueillir les insectes présents) par an pour recenser les insectes auxiliaires ou ravageurs présents dans les vergers ;
-comptage des porosités afin d’évaluer l’aération du sol, et notamment l’importance de la population de vers de terre : 800 orifices/m² en moyenne dans les vergers de mirabelles, alors que l’on se situe autour de 300-400 dans les grandes cultures céréalières ;
-mise en place d’un réseau de nichoirs pour les oiseaux et les chauves-souris ;
-réalisation d’inventaires de la flore : 20-30 espèces dans les parties enherbées (au moins 70% du verger) et une dizaine d’espèces au pied des mirabelliers, alors qu’on ne trouve en moyenne que 5 espèces différentes dans les prairies.

• Une démarche plus que raisonnée en matière de traitement :
Les vergers de mirabelliers sont des vergers naturels, traditionnels, dans lesquels les producteurs font peu d’interventions mais ont recours à une démarche raisonnée avec une réflexion en amont basée sur une approche globale de la parcelle. Cette approche raisonnée permet une utilisation limitée d’intrants, comme le requière la certification HVE.